En bref. Une tendance, c’est un véhicule, pas une destination. Elle sert quand elle peut transporter ton message sans le déformer. Elle nuit quand elle t’oblige à jouer un personnage qui n’est pas toi. La bonne question n’est jamais « est-ce que je suis la tendance », c’est « est-ce que cette tendance-là peut dire quelque chose de vrai sur ma business ». Si oui, embarque. Si non, laisse passer : il en arrive une autre la semaine prochaine.
Décembre dernier. Un client me montre une vidéo qu’il a faite parce que « tout le monde faisait ça ». Une danse. Il a 54 ans, il fabrique des escaliers en bois massif depuis 25 ans, pis il danse dans son atelier avec une planche dans les mains.
La vidéo a fait 300 vues. Ses vidéos habituelles en font 900. Il était découragé, pis il m’a dit une phrase que je n’ai jamais oubliée : « Val, j’ai eu l’impression de me déguiser. »
C’est exactement ça, le problème avec les tendances mal choisies. Ce n’est pas qu’elles ne marchent pas. C’est qu’elles te font parler avec la voix de quelqu’un d’autre, pis les gens le sentent avant même de comprendre pourquoi.
Mais attends. Deux mois plus tard, le même homme a embarqué dans un format qui roulait fort : la vidéo « satisfaisante » où on montre un geste précis en gros plan, sans parler, avec juste le son du travail. Le rabot qui glisse sur le bois. Trois mille vues. Aucun déguisement.
Même entrepreneur. Même compte. Deux tendances. Une le trahissait, l’autre le révélait. Voici comment faire la différence avant de tourner.

Pourquoi une tendance fonctionne-t-elle pour certains et pas pour d’autres ?
Parce qu’une tendance n’est pas un contenu. C’est un contenant. Un format, une musique, une structure de montage, une blague qui circule. Ce qui la remplit, c’est toi.
Quand le contenant et le contenu se ressemblent, la magie opère. Le format sert le message, le message donne du sens au format, pis le résultat a l’air naturel. Quand les deux se contredisent, le spectateur ressent un malaise qu’il n’arrive pas à nommer. Il scrolle.
Un format humoristique porté par quelqu’un qui n’est pas drôle dans la vraie vie, ça se sent en deux secondes. Un format « confidence face caméra » porté par une personne réservée, ça se sent aussi. Ce n’est pas un manque de talent : c’est un mauvais accouplement entre le véhicule pis le passager.
Ma règle : je ne choisis jamais une tendance en regardant ses chiffres. Je la choisis en me demandant « est-ce que ça ressemble à une chose que cette personne-là ferait naturellement un mardi après-midi ». Si la réponse est non, on passe à la suivante.
Qu’est-ce qu’une tendance apporte vraiment à une PME ?
Une chose, essentiellement : de la portée. Les plateformes poussent les formats du moment parce que les gens les consomment. Embarquer dans une tendance, c’est emprunter un courant qui existe déjà au lieu de ramer tout seul.
Ce que ça n’apporte pas, par contre : de la confiance. Une vue gagnée par une tendance est une vue curieuse, pas une vue convaincue. Elle te donne une chance d’être découvert, pis c’est tout. Ce qui transforme cette découverte en client, c’est ce qu’il y a autour : ta preuve, ta constance, ton chemin de contact.
C’est pour ça que je ne construis jamais une stratégie sur des tendances. Je les utilise comme des accélérateurs ponctuels, greffés sur une base solide. Une base sans tendance, ça avance lentement mais sûrement. Une tendance sans base, ça fait du bruit pis ça retombe.
Mettons ça simple : la tendance amène du monde à la porte. La base leur donne une raison d’entrer.
Comment savoir si une tendance est faite pour ma business ?
J’utilise quatre filtres. Une tendance doit passer les quatre, pas trois. Voici la grille que je donne à mes clients.
| Filtre | La question à se poser | Si la réponse est non |
|---|---|---|
| Le ton | Est-ce que ce format respecte le sérieux de mon métier ? | Laisse passer. Le décalage coûte plus cher que les vues. |
| La personne | Est-ce que je serais à l’aise de faire ça devant mon meilleur client ? | Laisse passer. Le malaise se voit à l’écran. |
| Le message | Est-ce que je peux y glisser quelque chose de vrai sur mon expertise ? | Laisse passer. Une tendance vide ne bâtit rien. |
| Le temps | Est-ce que je peux la produire en moins de 60 minutes ? | Reporte. Une tendance qui prend une journée n’est plus rentable. |
Le filtre du temps est celui que les gens oublient. Une tendance a une durée de vie courte. Si ça te prend trois semaines à produire, elle sera morte avant ta mise en ligne. Pis tu auras dépensé tes heures pour rien.
Le filtre le plus important reste celui de la personne. Ta business, c’est ton visage, ta voix, ta réputation. Personne n’a le droit de te demander de jouer un rôle inconfortable pour plaire à un algorithme. Toi non plus.
Que se passe-t-il quand on suit toutes les tendances ?
Le compte perd son identité. C’est la conséquence la plus courante, pis la plus difficile à réparer.
Quand chaque publication emprunte le format du moment, le fil devient une collection de choses sans lien entre elles. Le lecteur ne construit aucune image mentale de ce que tu fais. Il te voit passer, il ne te reconnaît pas.
Or, la reconnaissance, c’est tout ce qui compte pour une PME. Ton client idéal ne va pas te choisir parce que ta vidéo était drôle. Il va te choisir parce qu’après huit mois à te voir passer, il s’est fait une idée claire : « c’est le monde qui font des escaliers, pis ils ont l’air de savoir ce qu’ils font ».
Cette phrase-là ne se construit pas avec des tendances. Elle se construit avec de la répétition sur un même terrain. Les tendances viennent s’y greffer, pas la remplacer.

Comment adapter une tendance à ma réalité en 5 étapes ?
Voici la méthode que j’applique quand une tendance passe mes quatre filtres.
- Décortique le format, pas le contenu. Combien de plans, quelle durée, y a-t-il du texte à l’écran, est-ce que ça parle ou pas. Note juste la mécanique.
- Trouve le moment de ton métier qui entre dans cette mécanique. Un geste précis, une transformation, une réaction de client, un avant-après.
- Enlève la partie qui ne te ressemble pas. Si le format original demande de danser pis que tu ne danses pas, garde le montage, jette la danse.
- Ajoute une information que seul quelqu’un de ton métier peut donner. C’est ça qui va transformer une copie en contenu original.
- Publie vite. Une tendance adaptée cette semaine vaut dix fois une tendance parfaite le mois prochain.
L’étape 3 est celle qui change tout. On garde la mécanique, on jette le déguisement. C’est exactement ce que mon fabricant d’escaliers a fait avec la vidéo au rabot : le format « satisfaisant » existait déjà, il n’a fait qu’y mettre son vrai métier.
À quoi ça ressemble concrètement ?
Prenons une microbrasserie de Sherbrooke. Un format circule : la vidéo où on montre les étapes d’une préparation en accéléré, avec un compteur à l’écran.
La version paresseuse : on filme la brasserie en accéléré avec la musique du moment, sans rien expliquer. Ça donne une jolie vidéo qui ressemble à celle de tout le monde.
La version Froggy : même format, même accéléré, même compteur. Mais chaque étape est nommée avec une information que seul un brasseur connaît. « Jour 3 : le houblon qu’on ajoute ici change tout, pis c’est pour ça que notre rousse goûte le pin. » « Jour 12 : si on brasse trop, la bière devient trouble. »
Résultat : la portée de la tendance, plus la crédibilité d’un expert. Les gens partagent parce que c’est beau, pis ils reviennent parce qu’ils ont appris quelque chose. C’est là que le véhicule livre pour vrai sa cargaison.
Même effort de production. Vingt minutes de plus pour écrire les textes à l’écran. Un contenu qui travaille deux fois plus fort.
Comment repérer les tendances utiles sans y passer ses soirées ?
Quinze minutes par semaine. C’est tout ce que je demande à mes clients.
La méthode : ouvre trois comptes de ton secteur, même hors Québec, pis trois comptes que tu admires dans un domaine complètement différent. Regarde ce qui revient. Une tendance qui apparaît une fois, c’est un hasard. Trois fois, c’est un courant.
Note seulement les formats, jamais les sujets. Le sujet, il vient de toi, de ton atelier, de tes clients, de ta semaine. Le format, lui, tu peux l’emprunter.
Pis surtout : ne te sens jamais obligé d’embarquer. Le meilleur usage de ces quinze minutes-là, c’est parfois de dire « rien pour moi cette semaine » pis de retourner travailler. Une tendance ratée coûte du temps. Une tendance ignorée ne coûte rien du tout.

Peut-on bâtir une marque sans jamais suivre de tendance ?
Oui. Absolument. Pis je connais des comptes solides qui n’ont jamais touché à une tendance de leur vie.
Ce qu’ils ont, à la place : une régularité de métronome, un point de vue clair, pis des contenus qui prouvent leur savoir semaine après semaine. Ça monte plus lentement, mais ça ne redescend jamais. C’est une audience qui reste.
Les tendances, c’est un accélérateur optionnel. Un compte sans tendance mais constant va toujours battre un compte plein de tendances mais erratique. Toujours.
Donc si les tendances te stressent, si elles te donnent l’impression de courir après un train : arrête de courir. Bâtis ta base. Le train repassera, pis tu monteras dedans quand ça te tentera vraiment.
Comment savoir si une tendance est déjà finie ?
C’est la peur numéro un des entrepreneurs : arriver trop tard pis avoir l’air de courir après le monde. Elle est légitime, mais elle est plus grande que le risque réel.
Le vrai signal qu’une tendance est terminée, ce n’est pas qu’elle est populaire depuis un mois. C’est qu’elle est devenue une blague sur elle-même. Quand les gens commencent à parodier le format, à le tourner en ridicule, à faire des vidéos sur « ceux qui font encore ça », le train est parti.
Avant ce moment-là, tu as le droit d’embarquer, même en retard. Ta clientèle locale ne passe pas ses journées sur les réseaux. Une tendance que tu trouves épuisée parce que tu l’as vue cent fois, la moitié de tes clients ne l’ont jamais vue.
C’est un piège de professionnel du marketing, ça : on se lasse d’une idée bien avant le public. Le monde ordinaire, celui qui va acheter chez toi, découvre les choses avec plusieurs semaines de décalage. Alors non, tu n’es pas en retard. Tu es juste synchronisé avec ta vraie audience.
Pis même si la tendance est morte : un bon contenu reste un bon contenu. Si ta vidéo apprend quelque chose d’utile, elle va vivre quand même. Le format n’était que l’emballage.
Le cocon Réseaux sociaux, pour aller plus loin
Cet article fait partie d’un ensemble complet sur les réseaux sociaux en entreprise. Le point de départ, c’est notre guide central : Stratégie de réseaux sociaux pour entreprise.
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- Comment rendre un secteur « plate » intéressant sur les réseaux ?
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- Comment une entreprise doit se comporter sur les réseaux ?
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