Mis à jour en janvier 2026.
L’autre jour, un entrepreneur me texte en panique. Il venait d’acheter une liste de 8 000 courriels « ultra-ciblés Québec » à un fournisseur trouvé en ligne, pis sa première infolettre venait de partir. Résultat : taux d’ouverture sous les 2 %, une vingtaine de plaintes pour pourriel, et son nom de domaine flaggé comme spammeur par Gmail en l’espace d’un avant-midi. Sa question : « Valérie, est-ce que c’est récupérable? » Faque on s’est assis ensemble, pis c’est exactement de ça que je veux te parler aujourd’hui.
En bref
Non, n’achète jamais de listes de courriels. Ça détruit ta réputation d’expéditeur, ça finit en spam, ça plombe ta délivrabilité pour TOUS tes envois (même vers tes vrais clients), pis ça te met en faute avec la loi anti-pourriel canadienne (C-28), qui exige un consentement clair avant d’écrire à quelqu’un. La bonne nouvelle : une liste bâtie avec du consentement, plus petite mais vivante, performe infiniment mieux. On bâtit ta liste pour vrai, pas on l’achète.
Les listes de courriels achetées sont-elles vraiment dangereuses?
Oui, et le danger est plus profond qu’un simple « ça marche pas ben ». Une liste achetée, c’est un paquet d’adresses récoltées sans que personne t’ait jamais donné la permission de lui écrire. Tu pars donc avec une base toxique dès la première seconde, pis cette toxicité-là contamine tout ton écosystème courriel.
Le vrai problème, c’est l’effet domino. Quand tu envoies à des gens qui ne te connaissent pas, une partie va te marquer comme pourriel sans même hésiter. Les fournisseurs de messagerie (Gmail, Outlook, Hotmail) lisent ces signaux-là en temps réel. Trop de plaintes, trop d’adresses mortes qui rebondissent, pis ils décident que TON domaine n’est plus digne de confiance. À partir de là, même les courriels que tes vrais clients attendent finissent dans le dossier indésirable.
Pis là où ça pique vraiment : c’est dur à réparer. Reconstruire une réputation d’expéditeur abîmée, ça prend des semaines, parfois des mois de bonne conduite. T’as économisé deux heures de travail en achetant une liste, mais tu viens de te mettre des mois de réhabilitation sur le dos. Le calcul est mauvais.

C’est quoi au juste, une réputation d’expéditeur?
C’est la note de confiance que les fournisseurs de messagerie attribuent à ton domaine et à ton adresse d’envoi. Pense à ça comme à ton dossier de crédit, mais pour le courriel. Plus ta note est bonne, plus tes messages atterrissent dans la boîte de réception. Plus elle est mauvaise, plus tu te ramasses dans les indésirables ou carrément bloqué.
Cette note se construit avec des signaux que tu envoies à chaque campagne : combien de gens ouvrent tes courriels, combien cliquent, combien te marquent comme pourriel, combien d’adresses rebondissent parce qu’elles n’existent plus. Une liste achetée empoisonne tous ces signaux d’un coup. Beaucoup de rebonds, beaucoup de plaintes, presque pas d’ouvertures. Pour Gmail, c’est le portrait classique d’un spammeur.
Et voici ce que peu de gens réalisent : cette réputation est partagée à l’échelle de ton domaine. Donc si tu brûles ta réputation avec une campagne sur liste achetée, tu sabotes aussi tes courriels transactionnels, tes confirmations de commande, tes réponses au service à la clientèle. Tout part de la même adresse, tout subit la même pénalité. C’est ton entreprise au complet qui écope, pas juste ta campagne ratée.
Acheter une liste de courriels, est-ce légal au Canada?
Non, pas dans la grande majorité des cas. Au Canada, la Loi anti-pourriel (souvent appelée C-28, adoptée en 2010 et en vigueur depuis 2014) encadre tout message électronique commercial. Le principe de base est simple : tu dois avoir le consentement de la personne avant de lui envoyer une communication commerciale. Une liste achetée ne te donne jamais ce consentement, parce que les gens dessus n’ont pas dit oui à TOI.
La loi reconnaît deux types de consentement : l’exprès (la personne a coché une case ou rempli un formulaire pour recevoir tes courriels) et le tacite (il existe une relation d’affaires récente, par exemple un achat ou une demande d’information). Une adresse pigée dans une liste vendue ne rentre dans aucune des deux cases. T’es en infraction dès le premier envoi.
Et ce n’est pas juste théorique. Chaque message doit aussi t’identifier clairement et offrir un moyen de désabonnement fonctionnel. Les sanctions prévues par la loi peuvent grimper très haut pour une entreprise. Je te donne pas de chiffre précis ici parce que les montants dépendent du cas, mais retiens ceci : le risque financier est réel, pis l’organisme qui surveille ça (le CRTC) ne badine pas avec les plaintes répétées.
Tu restes l’auteur de ta business. Personne va t’obliger à acheter une liste, pis personne devrait te vendre l’idée que « tout le monde le fait ». La vraie question, c’est : veux-tu bâtir quelque chose de solide, ou jouer à la roulette russe avec ta réputation pis ton dossier légal?
Liste achetée ou liste bâtie avec consentement : quelle différence concrète?
La différence est énorme, et elle se voit dans chaque indicateur que tu vas regarder. Une liste bâtie avec du consentement, c’est du monde qui a levé la main pour t’entendre. Une liste achetée, c’est du monde qui n’a aucune idée qui tu es. Voici le portrait côte à côte.
| Critère | Liste bâtie avec consentement | Liste achetée |
|---|---|---|
| Consentement | Oui, exprès ou tacite, conforme à C-28 | Aucun, infraction dès l’envoi |
| Taux d’ouverture | Élevé, le monde te connaît | Très faible, on t’ignore ou on signale |
| Réputation d’expéditeur | Protégée et renforcée | Abîmée, parfois pour des mois |
| Plaintes pour pourriel | Rares | Fréquentes et immédiates |
| Délivrabilité globale | Tes courriels arrivent en boîte de réception | Tout ton domaine risque l’indésirable |
| Légalité | Conforme | En infraction avec la loi canadienne |
| Retour sur investissement | Solide et durable | Négatif une fois les dégâts comptés |
Regarde la colonne de droite au complet. Il n’y a pas une seule ligne où la liste achetée gagne. Même sur le volume, son seul argument de vente, elle perd : 8 000 adresses qui finissent en spam valent moins que 300 abonnés qui ouvrent, cliquent pis achètent.

Comment bâtir une liste de courriels saine sans en acheter une?
Tu la bâtis une personne à la fois, en échangeant de la valeur contre une adresse donnée librement. C’est plus lent qu’un achat, je te le cache pas, mais c’est la seule façon d’avoir une liste qui te rapporte vraiment. Voici la méthode que j’utilise avec mes clients PME au Québec.
- Crée un aimant à abonnés irrésistible. Offre quelque chose d’utile et gratuit en échange du courriel : un guide PDF, une liste de vérification, un rabais de bienvenue, un mini-cours par courriel. Le monde donne son adresse quand il reçoit de la valeur en retour.
- Place un formulaire d’inscription visible. Sur ta page d’accueil, dans tes articles de blogue, en pop-up bien dosée, dans ta signature de courriel. Si personne ne voit où s’inscrire, personne s’inscrit.
- Demande un consentement clair. Une case à cocher honnête, une phrase qui explique ce que la personne va recevoir et à quelle fréquence. C’est la base de la conformité C-28 et ça part la relation sur la confiance.
- Confirme l’inscription (double opt-in). Envoie un courriel de confirmation où la personne clique pour valider. Ça élimine les fausses adresses, ça protège ta délivrabilité, pis ça te donne une preuve de consentement.
- Nettoie ta liste régulièrement. Retire les adresses qui rebondissent et les abonnés inactifs depuis longtemps. Une liste propre et engagée vaut mille fois mieux qu’une grosse liste pleine de fantômes.
Cinq étapes, pis tu pars sur des bases solides. La beauté de cette approche-là, c’est que chaque abonné que tu gagnes est un abonné qui VEUT être là. C’est ça qui fait la différence entre une infolettre qu’on attend et une infolettre qu’on supprime.
Comment protéger ta délivrabilité au quotidien?
La délivrabilité, c’est la capacité de tes courriels à atterrir dans la boîte de réception plutôt que dans les indésirables. Tu la protèges en envoyant à du monde engagé, en gardant ta liste propre, pis en surveillant tes signaux d’expéditeur. Laisse-moi te montrer avec un exemple concret.
Mettons t’es propriétaire d’un salon de coiffure à Saint-Jérôme. T’es tenté d’acheter une liste de « 5 000 femmes 25-55 ans des Laurentides » pour annoncer ton ouverture. Mauvaise idée : ces femmes-là n’ont jamais entendu parler de toi, la moitié des adresses sont mortes, pis Gmail va flagger ton domaine après la première vague de plaintes. Le lendemain, même le courriel de confirmation de rendez-vous à ta cliente fidèle tombe dans le spam.
La bonne approche pour ton salon : un petit carton « Inscris-toi pour 15 % sur ta prochaine visite » à la caisse, un formulaire sur ta page Facebook, une case d’inscription sur ton site. En trois mois, t’as peut-être 250 vraies clientes des Laurentides qui ouvrent ton infolettre à 50 %, qui réservent quand tu annonces une promo, pis qui parlent de toi à leurs amies. Ça, c’est une liste qui travaille pour toi.
Garde aussi un oeil sur tes taux. Si ton taux de désabonnement grimpe ou que tes ouvertures chutent, c’est un signal que ton contenu ou ta fréquence dérange. Ajuste avant que les fournisseurs de messagerie le remarquent à ta place.

J’ai déjà acheté une liste, qu’est-ce que je fais maintenant?
Arrête de lui envoyer des courriels immédiatement, pis repars sur des bases propres. Continuer à utiliser une liste achetée ne fait qu’aggraver les dégâts à ta réputation et ton dossier légal. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut limiter la casse si tu agis vite.
Première chose : mets la liste de côté, ne l’importe pas dans ta plateforme d’envoi. Ensuite, concentre-toi sur les vrais contacts que t’as déjà, ceux qui ont acheté chez toi ou rempli un formulaire. Eux, tu peux leur écrire en toute légitimité. Recommence à bâtir ta liste avec la méthode en cinq étapes plus haut, pis laisse le temps faire son travail sur ta réputation d’expéditeur.
Si ton domaine a déjà été flaggé, sois patient et envoie uniquement à tes abonnés les plus engagés pendant quelques semaines. C’est la façon de signaler aux fournisseurs de messagerie que t’es redevenu un expéditeur fiable. C’est pas instantané, mais ça marche.
Pour aller plus loin, le cocon Email
Le marketing par courriel, c’est tout un écosystème. Si tu veux maîtriser le sujet au complet, voici nos articles qui se complètent :
- Le marketing par courriel : un guide complet, la base de tout, à lire en premier.
- Email marketing et IA en 2026, comment l’intelligence artificielle change la donne.
- Emailing efficace : augmenter son taux d’ouverture, les techniques qui font ouvrir tes courriels.
- Les coulisses de Mailchimp, les étapes clés d’une infolettre réussie.
- La personnalisation ultime, des campagnes qui parlent à chacun individuellement.
- La magie du design des emails, soigner l’apparence de tes envois.
- Pourquoi l’email marketing n’est pas mort, pour ceux qui en doutent encore.
Bâtir une liste saine, ça demande de la méthode et un peu de patience, mais tu restes l’auteur de ta business à chaque étape. Si t’as envie qu’on regarde ta stratégie courriel ensemble, sans pression, viens jaser avec moi.
Pourquoi segmenter ta liste d’abonnés change tout ?
Segmenter, c’est diviser ta liste en petits groupes selon les intérêts, l’historique d’achat ou la région. Au lieu d’envoyer le même courriel à tout le monde, tu parles à chaque groupe avec un message qui le concerne vraiment. Résultat : ton monde ouvre plus, clique plus, pis se désabonne moins.
Tu peux commencer petit. Sépare juste tes nouveaux abonnés de tes clients fidèles : ces deux groupes-là n’ont pas les mêmes besoins. Plus ta segmentation est fine, plus tes courriels deviennent pertinents, pis c’est exactement ça que les boîtes de réception récompensent.
Comment écrire un objet de courriel qui donne envie d’ouvrir ?
Un bon objet est court (moins de 50 caractères), clair pis honnête. Il promet une seule chose et il la tient dans le courriel. Évite les majuscules criardes pis les mots qui sentent la pub : c’est ce qui finit dans les pourriels. Écris comme tu parlerais à un ami.
Teste deux objets sur un petit échantillon avant d’envoyer au reste de ta liste, c’est ce qu’on appelle un test A/B. Le gagnant t’apprend ce qui résonne avec ton monde, pis tu t’améliores envoi après envoi.
À propos de l’autrice

Valérie Payotte est cofondatrice et directrice créative de Froggy-Net, une agence de marketing numérique des Laurentides. Enseignante depuis 2000, dans le marketing web depuis 2009 (17 ans de terrain), deux certificats de HEC Montréal, pis plus de 1 000 heures de recherche et développement en IA générative depuis 2024. Elle écrit depuis Sainte-Anne-des-Lacs. Suis-la sur LinkedIn et YouTube.


